samedi 3 mars 2007


VISION DU MONDE


Il suffit de regarder autour de soi. Il suffit de regarder ce qui fut. On devinera ce qui sera peut-être.
L’Histoire est en train de prendre une direction qui ne présage rien de bon. Des jeunes se révoltent, par des émeutes, des suicides, des choix incompréhensibles. La jeunesse serait malade. Des pays se ferment sur eux-mêmes. Le mot d’ordre est au repli sur soi. Israël bâtit son mur. L’amitié franco-allemande est à deux doigts de voler en éclat pour une histoire de gros sous. Les petits intérêts nationaux ont repris le dessus.
La cause : la peur. La cause de la peur : la crise, économique dit-on.
Mais il n’y a pas que cela.
Des choses sont en train de se passer.
Regarder vos programmes télévisés. Où est passée la culture ? Regardez votre table de chevet. Où sont passés les livres ? Regardez la vitrine de votre libraire. Vous verrez une blonde pulpeuse à la poitrine démesurée étaler sa chair sur le papier glacé comme on étale de la viande chez un boucher. Depuis quelques années, on donne au peuple du pain et des jeux. Et depuis moins d’années, on lui donne surtout des jeux, et un peu moins de pain. On veut réduire l’homme à une masse, une bête sans cervelle.
Souvenez-vous des premiers qui ont réduit l’homme à l’état de masse. Ils n’étaient pas si loin. La nièce de Mussolini vient de fonder, pour la première fois, avec Bruno Gollnisch le premier groupe parlementaire d’extrême droite au Parlement Européen. Bien sûr ça n’a rien à voir avec ce qui a été dit précédemment.
Revenons à notre propos. Que fait-on des gens quand ils ne pensent plus ? On n’en fait ce qu’on veut.
Qui ça « on » ?
Je serais vite tenté de vous dire : « la droite » ! Oui et non. La droite en France n’est même plus son propre maître. Elle avait un maître qui s’appelait De Gaulle. Le grand homme n’est plus. Aujourd’hui la droite a un autre maître, plus vicieux, difficile à cerner. Ce nouveau maître n’a pas de nom.
Ah ? Ce n’est donc pas Nicolas Sarkozy ?
Hélas, le petit Nicolas n’est le maître que de l’illusion d’un pouvoir qu’il n’a même pas encore et qu’il n’aura jamais. Car ce maître c’est l’argent, c’est le profit, c’est la mondialisation, la consommation consumériste, la main noire invisible. Ce nouveau maître qui ne dit pas son nom est une logique. Une logique que nous devons briser !
Mais avant de la briser il faut la stopper, ou du moins tenter d’en atténuer les effets.
Car les dégâts sont déjà grands. Les cicatrices déjà très profondes.
Certains ont déjà baissé les bras. NON ! Il ne faut pas ! Il n’y a pas de fatalité. Une victoire de la gauche en France peut encore inverser la tendance, ou au pire limiter les dégâts. Nous pouvons même amorcer un mouvement.
Que ceux qui pensent que la gauche ou la droite c’est la même chose, que ceux là passent leur chemin.
Que ceux qui pensent que la gauche ne leur apportera rien, que ceux là rendent à la gauche tout ce qu’elle leur a donné !
Qu’ils lui rendent leurs congés payés, leurs réductions du temps de travail, leurs RMI, leurs allocations familiales, leurs années d’éducation laïque et gratuite, leur droit de grève, leur liberté d’expression, leurs bourses, et j’en passe !
Comment croire que la gauche, après le cataclysme de 2002, puisse prendre le risque aujourd’hui de faire des promesses qu’elle ne tiendra pas ! C’est insensé de croire cela. La gauche de gouvernement, en France, a tiré toutes les leçons de sa déroute. Sa défaite lui a valu le supplice de se retrouver pendant cinq dans l’opposition et de devoir supporter le travail de destruction sans pouvoir intervenir.
Les élections régionales ont permis à la gauche de gouvernement de reprendre la main au niveau local. Les réformes malsaines de la droite ont été ralenties, mais elles ne sont pas empêchées. Et la gauche ne pourra rien faire si elle ne gagne pas au niveau national.
Les régions et les départements doivent supporter des transferts de compétences sans aucune aide de l’Etat. L’Etat se décharge de certaines de ses responsabilités sur les collectivités locales mais ne donnent pas à ces collectivités les moyens de les assumer.
Si la droite passe, elle va continuer cet insidieux travail de décharge. Les régions et départements, eux, pour faire face à leurs nouvelles dépenses, seront contraints d’augmenter les impôts locaux dans la mesure où ils n’auront plus rien de l’Etat. Ils deviendront ainsi impopulaires et perdront les prochaines élections, c’est le risque. Ainsi la droite reprendra le contrôle des régions. Et comment financera-t-elle le RMI, l’entretien des routes, des lycées, des collèges, des universités ?
Pas de problèmes, elle ne les financera pas. Tout sera privatisé. Quant au RMI, vous connaissez le discours de la droite : « tous des assistés ». On sait très bien ce qu’il adviendra, on a déjà vu ce genre de situation aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne. Vous verrez le nombre de pauvres exploser. Les restos du cœur et Emmaüs auront du pain sur la planche. Voilà la belle société qu’on nous promet. La droite nous propose juste de creuser les inégalités : pour que les riches soient plus riches et le pauvres plus pauvres (quelle idée d’être pauvre !).
Mais pardonnez-moi, je me suis égaré. Saviez vous que la première cause de décès chez les 25-34 ans c’est le suicide ? Vous allez penser que ça n’a rien à voir. Hélas ! Tout est lié. 30 ans c’est la fin des rêves de jeunesse. C’est la grande désillusion. C’est réaliser que tout ce qu’on attend de vous c’est de produire et de consommer. Vous réaliser que vous êtes un produit jetable et non recyclable par-dessus le marché (tient, « marché », c’est plutôt cocasse d’utiliser ce mot ici). Alors pour vous assurer un peu de dignité, et pour pouvoir encore décider de l’orientation à donner à votre vie, vous utiliser le seul droit qu’il vous reste : celui d’y mettre fin.
Cela ne doit plus être ! La jeunesse doit reconquérir son droit au rêve. Elle doit reconquérir son désir d’avenir. Casser les rêves de jeunesse est un crime contre l’humanité.
La jeunesse c’est l’avenir, une personne l’a bien compris. Elle a beaucoup de projets pour la jeunesse de ce pays, elle a mis le paquet dans son pacte, pour eux, pour nous, pour ce pays, pour notre avenir commun.
Oui, la gauche a su tirer les leçons du passé, car Ségolène Royale, consciente des réalités, maintient le budget de la défense à son état actuel. En 1936, par utopie pacifiste, on n’avait pas pris cette précaution.
Mais voyons, nous ne sommes pas en 1936 tout de même !
Ah non, pas encore. Mais une chose est sûre, si la droite passe, on se rapprochera de 1939, voir de 1940.
Il n’y a pas de fatalité ! Ce sont les hommes qui font l’Histoire. Tout peut se passer autrement. Dans un régime démocratique, le peuple a la possibilité de choisir le destin qu’il souhaite. Je ne veux pas croire que ce peuple, que ce grand peuple Français, se soit laissé abrutir si vite ! Je veux qu’il s’interroge sur sa vie d’aujourd’hui, sur le monde qui l’entoure, et qu’il se pose la question suivante : « Par rapport à il y a cinq ans, est-ce que la vie s’est améliorée ? Est-ce que les choses vont mieux ? »
Pendant cinq ans, je vous le rappelle, c’est l’UMP qui a gouverné, avec le soutient de l’UDF. Le candidat de l’UMP, je vous le rappelle, c’est Nicolas Sarkozy ; le candidat de l’UDF, je vous le rappelle, c’est François Bayrou.
Je vous laisse choisir. Mais avant de choisir je vous demande de regarder l’histoire de ce pays depuis 1789. Pour que la France reste fidèle à elle-même et à ses idéaux, pour qu’elle continue à protéger ses enfants, elle a avant tout besoin d’une Marianne, pas d’un César.

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