mardi 6 mars 2007

Petit Flash back, retour sur les voeux...


Voilà ce que j'écrvivais le 1er janvier 2007:


REFLEXIONS :

Après avoir visionné les déclarations de vœux de Ségolène Royale et de Nicolas Sarkozy.

Ségolène parle aux Français et elle leur parle des Français. Sarko parle de la France, celle dont il rêve, c’est là la différence. Sarko propose aux Français de travailler pour la France ou d’acheter la France comme on proposerait à des gens de travailler pour une grande entreprise et d’acheter chez l’Oréal Paris, parce que c’est une entreprise qui le vaut bien. Ségolène s’intéresse au problème des gens, met en valeur un mouvement collectif dont elle est la porteuse et qui, contrairement à Sarko, n’est pas contenu dans le seul parti politique qu’est le PS. Certes l’UMP a plus d’adhérent que le PS, mais le mouvement de Sarko c’est l’UMP et rien que l’UMP, le mouvement de Ségolène c’est le PS, mais aussi les comités désirs d’avenir, tous les inconnus qui sont venus participer à ses forums et ses débats, simples citoyens, sans étiquettes mais qui servent sont projet. Nous sommes en présence de deux méthodes et de deux visions des choses. Et, paradoxalement, celui des deux qui se réclame de la rupture et du mouvement, c’est celui qui s’enferme dans les vieilles méthodes de l’appareil politique qu’il dénonce. Il s’enferme dans le cadre d’un parti : l’UMP, et balance de grand mots sur la France et la Nation. Or ce verbiage : « servons la patrie ! » est réservé au président de la République une fois que celui-ci est élu. Or Sarko dans son discours confond la France et l’UMP. Les Français ne seraient donc qu’une masse de moutons ou de veaux (aux choix, si vous êtes plus ou moins gaulliste) que les petits soldats de l’UMP sont chargés de rallier, d’embaucher. Or, le problème est le suivant : la France n’est pas une entreprise comme les autres ; il y a 60 millions de patrons pour un seul ouvrier, le président. Sarko ne semble pas saisir cette importante nuance. Tandis que Ségolène a les atouts suivants : tout d’abord elle ne dit pas la rupture, mais c’est elle qui est en train de la réaliser, en douceur, dans le débat, et avec la participation des Français qui ont commencé à débattre avec elle dans et sur les forums. Les forums ! Ils avaient disparu depuis des siècles ces lieux de vie publique. Le mérite de Ségolène est d’avoir fait en sorte que les Français se mettent à nouveau à discuter entre eux, à parler de la cité. Elle a su utiliser Internet, elle a fait de cet outil informatique le lieu de rassemblement virtuel mais pourtant bien effectif d’une nouvelle Ecclésia. Ainsi, elle rassemble les citoyens volontaires, ceux qui veulent participer aux débats et leur donne un moyen d’expression qui n’existait pas auparavant. Car comment se faisaient-ils entendre tous ces gens qui avaient des choses à dire ? Et bien on ne les entendait pas, ou du moins leurs paroles étaient dispersées, parsemées, diffuses… Aujourd’hui il suffit d’aller sur les forums du site « Désir d’avenir » pour voir des Français de tous bords discuter ensemble et échanger leurs points de vue. La droite se moque de Ségolène et de ses méthodes. Rira bien qui rira le dernier. On dit de Ségolène qu’elle n’a pas de programme ou que si elle en a un il s’agira du programme des Français. Mais où est le mal ? Depuis le temps que ce pays prétend être une démocratie, il n’est pas trop tôt pour, qu’enfin, ça soit le peuple souverain qui impose son programme. Ségolène veut que son programme soit celui du peuple. Mais qu’elle bonne idée ! Si Ségolène est élue, ce n’est pas elle qui aura gagnée, mais le peuple qui aura contribué à sa propre victoire. Sarko lui, applique encore la vieille méthode : j’ai mes idées, j’ai mon programme et mes solutions, je dois convaincre cette majorité d’indécis que c’est moi qui ait raison. Les Français ne faisaient qu’adhérer aux idées d’un candidat, mais ces idées restaient celles du candidat et de son parti, bref : les idées de l’appareil politique. Si Ségolène prend des distances respectueuses avec le projet des socialistes, c’est bien parce que celui-ci a été élaboré par l’appareil politique socialiste, pas par les citoyens français. Elle considère que ce projet n’est plus suffisant. Oui, il s’agit bien d’une Révolution. Avant chacun proposait son projet et les Français faisaient leur choix, le peuple souverain était l’équivalent d’un monarque de monarchie constitutionnelle et le pouvoir absolu restait aux mains du président. Aujourd’hui, Ségolène offre la possibilité aux Français, par son intermédiaire et celui du Parti Socialiste (quitte à mettre en veilleuse l’idéologie de ce parti), d’élaborer et de proposer LEUR propre projet, d’exercer le pouvoir absolu. Bref, d’utiliser l’appareil du Parti, non pas au service du Parti, mais au service du peuple Français. On peut penser que beaucoup de dirigeants du Parti n’ont pas encore réalisé la teneur de ce formidable tour de passe-passe. Ségolène est en train de les déposséder de leur pouvoir de décision ; elle ne leur laissera que le pouvoir de l’action afin de mettre en œuvre, non pas le projet du Parti Socialiste et de ses éléphants, mais celui que les citoyens français (comment ! ces veaux ! ces vaux rien ! quel culot !) ont élaboré. « Mon opinion est celle des Français ». Comme cette phrase a bien pu faire rire ! Ca ne veut pas dire que Ségolène n’a pas d’idées ; elle en a pour une femme de son niveau, elle a été militante, on a des vidéos qui le prouvent… Mais elle ne considère pas que ses idées intéressent les Français ; elle ne veut pas rentrer dans cette logique habituelle et usitée. Ségolène ne veut pas le pouvoir pour elle seule ; elle veut gagner pour offrir la chance aux Français de faire de la politique, de faire LEUR politique. Mais ne dit-on pas qu’elle a une ambition démesurée ? Mais clair qu’elle en a ! Il faut en avoir de l’ambition pour avoir le culot de vouloir utiliser les technologies modernes pour faire de la France une démocratie au sens propre du terme, pour vouloir surpasser l’Athènes du Ve siècle av J.-C. ! Ségolène veut rester dans l’Histoire comme la femme qui aura réussi cet exploit. Ségolène n’aurait-elle pas d’autre ambition que terminer la Révolution, non pas par une restauration, mais bien par l’accomplissement du processus entamé il y a plus de deux siècles ?

Les Français ont l’habitude, lors des élections, de se contenter de donner leur accord à l’un ou à l’autre pour qu’il applique le programme qu’il propose. Ségolène Royal leur donne l’opportunité de choisir de donner leur accord à un programme qu’ils auront élaboré. Les Français entrent au Conseil des Ministres. Là encore on s’est moqué à l’évocation d’une telle idée. C’est vrai que si l’on sort de leur contexte les bons mots de Ségolène et qu’on les prend dans leur sens propre, il est facile de trouver ça risible. Mais reprenons tout ce qui a été dit, essayons de voir les liens et on pourra voir se dérouler devant nous cette formidable cohérence. « C’est une femme dangereuse » prévient Nicolas Sarkozy. En tant que ministre de l’Intérieur il faut le comprendre, il n’aime pas les révolutions ; il s’attache à maintenir l’ordre établit (candidat de la rupture vous dîtes ?). Oui, Ségolène Royale est dangereuse pour la Ve République, elle est dangereuse pour la monarchie républicaine, elle fut dangereuse pour les éléphants du PS, aujourd’hui espèce disparue. Regardez notre société. Quels points communs avec 1958 ? En 2007 on s’envoie des vœux par SMS ou par e-mail, ça coûte moins cher, ça use moins de papier aussi. Aujourd’hui on pense à l’environnement, au développement durable. Ecouter les derniers vœux de Chirac et les derniers vœux de Mitterrand : Jacquot nous parle de l’explosion d’Internet ; le pauvre François, en 1994, ne pouvait imaginer qu’un tel outil vienne à ce point bouleverser le quotidien de ses compatriotes. « La grandeur de la France », ça avait un sens quand la France avait un Empire qui lui servait d’estrade. Aujourd’hui la grandeur de la France se mesure à la grandeur et à la modernité de sa société ainsi qu’à la grandeur de son engagement international et humanitaire. La cinquième République aura duré 50 ans. Elle a rendu service. Il est tant de renouveler le matériel. Ségolène Royal nous propose du neuf, et de quelle façon ! Elle adresse ses vœux aux Français, dans son salon, habillée de son pull en laine, sans maquillage, elle pourrait être votre mère, votre femme, votre fille (selon votre âge). Elle se présente en candidate. La simple citoyenne qui demande à participer à la vie de la cité. Ca sent le frai, le léger, le neuf, comme ce matin sur la plage de Dunkerque : un vent frai balayant le ciel bleu qui illumine le premier jour de l’année 2007, tout un présage. Sarko nous adresse ses vœux habillé en costume cravate. C’est Sarko quoi, un homme politique comme tant d’autres, rien d’original. Le candidat de la rupture vous dîtes ? Mais voyons, il est on ne peut plus dans la continuité d’un Chirac ou d’un Giscard ! On ne peut pas dire, par contre, que Ségolène Royale soit un homme politique comme les autres ; non, c’est une femme. Et c’est là toute la différence. Et c’est bien pour tout cela, pour tout ce que j’ai vu dans ces deux vidéos de présentations des vœux, que je crois que Nicolas Sarkozy ne sera pas président de la République et que Ségolène Royale va faire des choses extraordinaires. Vous penserez que vous n’imaginez aucun des deux dans le costume de président. Vrai. Seulement Sarko veut être président dans le costume de De Gaulle (celui de la Ve) et avec ses tics et son énervement il n’y rentre pas ; tandis que Ségolène le sera dans un nouveau costume qu’elle aura taillé elle-même, avec les Français, et auquel nous ne sommes pas encore habitués : celui de la VIe République.

Quoiqu’il en soit, ça sera VOX POPULI : VOX DEI.

Benito KH

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